Etirer les rois ?
Quand on débute la course à pied (ou qu'on recommence après une interruption supérieure à une décennie), la bible qui s'impose est "Courir pour les nuls", car, dès le titre, on sent qu'on fait partie du coeur de cible.
N'ayant pas rajeuni depuis la dernière fois qu'on a couru un peu, et afin d'éviter la blessure, on s'astreint à aller lire le chapitre qu'on avait déjà zappé (même si l'expression n'existait pas ... car il n'y avait pas encore de télécommandes) au collège et lycée : Les Etirements.
Au fin fond de ma mémoire scolaire, échauffement, étirement et retour au calme se sont amalgamés autour d'un concept simple : rien à secouer, c'est tellement lent que ça doit être pour les vieux !
Les auteurs de Courir pour les nuls ont du suivre le même cursus scolaire puisque le chapitre dédié au sujet d'intitule "Etirements, échauffement et relaxation";
Et maintenant que je suis vieux, je m'y reporte (après trois mois d'entraînement quand, même, ce n'est, après tout, que ma première année dans la catégorie Vétérans ...).
Première bonne nouvelle, est apparu l'étirement actif isolé. Pour résumer, la science a montré qu'à partir de deux secondes, le muscle antagoniste à celui qui est en train d'être étiré se met à aider le muscle étiré, rendant alors inutile l'exercice d'étirement.
Finie, donc, la position étirée pendant 30 secondes, répétée dix fois avec, chaque fois, 15 secondes de pause, soit environ huit minutes par membre ; place à une rapide succession d'étirements de deux secondes, avec cinq secondes de pause, soit à peine plus d'une minute par membre !
Deuxième bonne nouvelle, pas certain que l'étirement tel que nous l'avons pratiqué pendant notre cursus scolaire (avant et après les séances d'athlétisme pour simplifier) se justifie du tout.
Vous avez bien lu Mr Nubourg (mon prof d'EPS et athlétisme de la cinquième à la terminale): Même vieux, rien à secouer des étirements !
Premièrement, la pratique des étirements avant l'activité de course à pied ne diminue as les risques de blessure, au contraire. Plus un muscle est étiré, plus il subit de microlésions et plus son seuil de tolérance à la douleur augmente. En conséquence, l'étirement abîme le muscle, d'une part, et amène le coureur à ne pas s'arrêter en cas de douleur, aggravant d'éventuelles lésions musculaires, d'autre part.
Deuxièmement, l'étirement (passif) n'améliore pas la performance mais la dégrade ; il aurait été démontré qu'une séance de saut sans étirement permettait d'atteindre des performances 4% supérieures à celles obtenues lors d'une séance après étirements (http://www.slate.fr/story/56977/sport-etirements-stretching).
Troisièmement, la pratique des étirements ne diminue pas les courbatures ressenties le lendemain, au contraire. En effet, la récupération est favorisée par l'augmentation de la circulation sanguine. Or la pratique des étirements est synonyme de compression des vaisseaux sanguins, ce qui est antinomique.
Vous ne me croyez pas ?
Lisez «Les exercices d’étirement dans la pratique sportive ont-ils encore leur raison d’être? Une revue de la littérature», Docteur Gérald Grémion, Hôpital orthopédique de la Suisse romande, CHUV, in Revue médicale suisse, n° 28, 2005
Vous n'aimez pas lire ?
Voilà un argument complémentaire qui devrait achever de vous convaincre : Il n’y a que l’homme qui s’étire dans la nature avant de produire un effort. Avez vous déjà vu un guépard (le plus grand sprinter de la planète) s'étirer le quadriceps ou les ischiojambiers ou même les épaules avant de courser une gazelle ?
Vous aimez sourire ?
Etirements : "Mouvements ridicules du corps et des membres pratiqués par le joggeur avant et après chacune de ses sorties afin d'accroître ses douleurs et d'augmenter le risque de blessures" dans "Dictionnaire absurde du footing et du marathon" de Gérard Ejnès qui a couru 45 marathons (entre autres).
A suivre ...
