Canonisation

Publié le par Grégoire CHEVIGNARD

Ce week-end, à l'heure de la cérémonie dite des quatre papes, j'avais rendez vous pour ballade d'une grosse dizaine de kilomètres.

La veille, voyant les trombes d'eau s'abattant sur la Région parisienne, je suis allé investir dans ce qui s'appelait un K Way à l'époque où Décathlon et Go Sport n'existaient pas encore. Aujourd'hui le vêtement et le nom doivent être plus techniques mais la fonction reste la même : c'est léger, c'est en plastique, il y a une capuche et donc tu n'es pas mouillé si tu te trouves sous une pluie fine (sinon, reste le ciré breton mais pour courir, c'est moins pratique).

Ma moitié, voyant les précipitations en avait conclu que le jogging du lendemain avait de fortes chances d'être annulé.

Voyant mon achat, et les deux mails de confirmation de mes co religionnaires, s'est interrogée à voix haute : "Mais pourquoi courez vous ?".


Et il faut bien reconnaître que si je posais cette question à mes débuts en course à pied, je n'ai jamais trouvé de réponse convaincante pour un non coureur.

La plus pertinente, à mon sens, était la réponse qui permettait d'inverser la charge de la preuve, c'est à dire "Et pourquoi pas ? Pourquoi, toi, ne cours tu pas ?".

Un sondage réalisé auprès d'une population absolument pas représentative montre que la réponse est dans 78,38% des cas : j'ai un problème aux genoux, mais avant ...

La question est donc restée en suspend.

Le lendemain, toujours accroché à l'idée de tenter d'achever un trail de 105 km fin Mai et, donc, de m'entraîner sur de longues distances (pas certain que cela soit la meilleure recette, mais c'est la seule à ma disposition), je me lève tôt pour rejoindre mes camarades de course à 7km de chez moi.

Et là commence une longue phase d'introspection qui n'est pas sans lien avec la météo, pourrie. Mais pourquoi cours tu ? Sous la pluie, un dimanche matin, dans un environnement sans intérêt, en ayant mal au genou (et oui, on peut avoir mal au genou et courir Mesdames et Messieurs les abstinents du jogging), etc., etc.

J'ai donc mis en application les recommandations des coureurs de fonds sur la dissociation : il s'agit de penser à autre chose pendant qu'on court afin d'éviter de se rendre compte qu'on n'a plus envie de courir.

Et paradoxalement, c'est à ce moment que j'ai trouvé la réponse, enrichissant mon vocabulaire de grec classique ajoutant Euréka (j'ai trouvé) à Nike (déesse de la Victoire).

Passant devant un kiosque (non, ce n'est pas un mot grec malgré le K), je vois une couverture de magazine annonçant la double canonisation papale du week end avec le pape en exercice et le pape de rechange aux manettes, bref un grand moment d'auto congratulation chrétienne.

M'est revenue en mémoire cette anecdote que d'aucuns donnent pour certaine concernant les derniers jours de Jean Paul II.

Celui-ci, après avoir tenté toutes les recettes de la médecine traditionnelle, y compris la papaye fermentée, se voyant toujours décliner, ne savait plus à quel saint se vouer.

Il mit donc en branle le formidable réseau de l'Eglise pour qu'un traitement non conventionnel et pourtant digne de foi soit trouvé dans le monde.

Les Missi Dominici firent donc le tour du monde des soigneurs, guérisseurs, marabouts, rebouteux, sorciers, homéopathes, magnétiseurs et autres charlatans afin, parmi tous ces intervenants dénigrés par votre serviteur en particulier et la médecine "moderne" en général, de trouver l'homme providentiel qui amènerait le traitement non moins providentiel.

L'efficacité de l'Eglise dans les affaires terrestres n'étant plus à démontrer, arrive, avec les meilleures recommandations possibles, un grand guérisseur qui, sous l'œil circonspect et néanmoins plein d'espoir de l'ensemble des cardinaux, ausculte le Saint Père.

Après quelques minutes, il explique que le cas est connu et, en règle générale, facile à résoudre. L'origine du problème est une congestion des "duos habet et bene pendentes" (pour les non latinistes : http://fr.wikipedia.org/wiki/Papesse_Jeanne) que seule, et qu'une seule, activité sexuelle permet de régler.

"- Mais, horresco referens, s'écrient les cardinaux, cela n'est point possible Très Saint Père, vous n'y pensez pas !"

Jean-Paul II, bien qu'affaiblit, se tourne vers son éminence grise, un jésuite, comme il se doit, et lui demande son avis. Celui-ci, comme il se doit, tenant (dans cet ordre) à son magistère, à la santé du Très Saint Père, à la place de l'Eglise sur Terre et à la mise en œuvre de la volonté de Dieu parmi les hommes, lui répondit avec une spontanéité née d'une longue pratique :

Très Saint Père, les Cieux sont emplis de saints et de vos prédécesseurs et pourtant, les affaires du monde n'ont jamais été aussi déprimantes depuis longtemps. Toutefois, depuis le début de votre pontificat, et grâce à votre action, l'empire communiste et athée a disparu, ce qui a rendu une lueur d'espoir aux peuples de l'Est mais aussi à nos frères africains et américains du Sud qui, faute d'idole marxiste fumeuse de havane, ont vu la lumière et se sont tournés vers Dieu. L'envoi de ce guérisseur est un signe de Dieu : il souhaite que vous restiez parmi nous pour parachever son Œuvre.

Jean Paul II, ébranlé par cette homélie frappée au coin du bon sens, à son corps défendant, décide de se soumettre aux prescriptions du guérisseur. Néanmoins, n'étant pas de formation Jésuite, il lui reste quelques scrupules et ne souhaite pas se lancer à corps perdu dans cette thérapie ; Il décide de poser quelques conditions :

"- Bon, je suis d'accord mais à cinq conditions.

- Oui Très Saint Père, susurre l'éminence grise, quelles sont elles ?

- Premièrement, la Donna, doit être une religieuse !

- Mais pourquoi Très Saint Père ?

- Elle a juré de donner sa vie à Dieu, me donner sa vertu à moi, représentant de Dieu sur terre, ne devrait pas lui valoir les flammes de l'enfer.

- Vous avez raison, Très Saint Père. Quelle est la deuxième condition ?

- Deuxièmement, la Donna, doit être aveugle !

- Mais pourquoi Très Saint Père ?

- Pour qu'elle ne puisse pas savoir avec qui elle a commis le péché de chair et qu'elle ne puisse pas le répéter en dehors de l'Eglise ; imaginez le scandale !

- Vous avez raison, Très Saint Père. Quelle est la troisième condition ?

- Troisièmement, la Donna doit être sourde !

- Mais pourquoi Très Saint Père ?

- Pour que, si quelqu'un de mal intentionné veut lui dire avec qui elle a commis le péché de chair elle ne puisse pas le savoir et donc répéter en dehors de l'Eglise ; imaginez le scandale !

- Vous avez raison, Très Saint Père. Quelle est la quatrième condition ?

- Quatrièmement, la Donna doit être muette !

- Mais pourquoi Très Saint Père ?

- Pour que, si bien qu'aveugle et sourde elle a compris avec qui elle a commis le péché de chair elle ne puisse pas le répéter en dehors de l'Eglise ; imaginez le scandale !

- Vous avez raison, Très Saint Père. Quelle est la dernière condition ?

- Cinquièmement, la Donna doit avoir des seins comme des pastèques !

- Mais pourquoi Très Saint Père ?

- Et bien, par ce que j'aime ça !"

Et bien, pour la course à pied, c'est pareil : je cours parce que j'aime ça !

A suivre ...

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Canonisation

Publié dans Cogito ergo sum

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P
soit c'est tes frères, soit c'est toi qui fait les commentaires !!
Répondre
G
Tu oublies une autre possibilité ...
G
Bande de sacrilèges, vous n êtes pas obligés de ne parler que d'obus en vommentaire à un post "canonisation"
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T
Tu cours plus longtemps avec des gros seins devant toi?
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I
Tu as dû mal entendre Laurent ... on comprend aisément avec un peu de bon sens (dont tu as l'air bien dénué) que mieux vaut une petite corvée qu'un long calvaire. L'unité de mesure étant le temps ...
L
Isabelle me disait encore il y a peu que cela te rendait peut être plus endurant en course à pied ... et uniquement en course à pied à son plus grand désarroi.
L
Dommage qu'Isabelle ne court jamais...
I
Ça c'est sûr !