La vérité sort de la bouche des enfants

Publié le par Grégoire CHEVIGNARD

Premier trail, hier, 63 km pour découvrir, apprendre et tester matériel et stratégie de course pour le 105 km de l'Ultra Trail de Côte d'Or de fin Mai.

Ambiance rentrée des classes dans un nouveau collège.

Tu as ton nouveau sac à dos, ton cuissard acheté il y a quelques semaines mais que tu réservais pour une telle occasion, tes chaussures de trail par encore complètement faites au pied et des tonnes de bonnes résolutions.

Et dès que tu arrives, tu comprends que tu es le seul à avoir du matériel neuf, que eu égard au teint buriné des uns et des autres malgré un cumul d'environ 12 heures d'ensoleillement depuis le début de l'année, pendant que tu t'entraînais au trail sur internet et chez Décathlon, les autres couraient.

Tu prends aussi conscience qu'avec ta course de 63 km tu fais figure de gentil amateur puisque s'alignent, au départ, tous les concurrents du 63, 85 et 110 km.

Enfin, comme dans le règne, animal, sans avoir l'air d'y toucher, chacun a lustré et mis en avant son plumage pour impressionner l'adversaire : les T shirt "100 km de Millau" croisent les Buff "Marathon des Sables" et les doudounes "The Trail, Finisher 2013". Autant dire que ta tenue neuve, promo de la quinzaine du running du mois dernier, de Décathlon, dont tu étais si fier, te fait honte. Un point donc pour la communication non verbale.

L'aspect positif de la situation, c'est que tu sais que tu ne sais pas quoi faire et qu'il faut donc observer ceux qui savent. Et tu sais aussi que le plus gros défauts des nouveaux venus sur longues distances est de partir trop vite. Je me réjouis donc de partir en même temps que les 85 et 100 km qui, normalement, devraient adopter un rythme encore plus raisonnable que celui que je devrais adopter ; je m'apprête donc à partir en mode escargot de Bourgogne avec le troupeau des trailers expérimentés et me répète en boucle les lignes directrices de ma stratégie de course : partir doucement, ne pas courir en montée, marcher 500m tous les 3km de course.

Partir doucement, ne pas courir en montée, marcher 500m tous les 3 km.

Top départ ... et tous les coureurs partent comme des fusées sur une section de plat en bitume, se bousculant et jouant des coudes pour grappiller quelques places. Interloqué, surpris, je n'envisage pas d'accélérer, et ce d'autant moins que j'ai encore mon sandwich poulet mayo sur l'estomac. Partir lentement, c'est fait, ... mais je suis à peu près le seul !

Première montée, au bout de 1 km 500 féroce, je ne cours pas.

D'une part par ce que j'en aurais été incapable et d'autre part parce que le sentier est étroit et il est impossible de doubler. Je crois que je commence à comprendre la nécessité qu'i y avait à ne pas se retrouver derrière avant la montée, d'où le départ canon.

Leçon 1 : étudier le profil du terrain avant le départ (et pas juste la position des ravitaillements).

Après la longue montée, arrivée sur un plateau ... qui commence 3 km après le début de la course. Conformément à mon plan de course, je commence à marcher à la surprise des spectateurs et autres coureurs. Je ne peux pas m'empêcher de penser que marcher 500m après avoir marché 1.5 km dans a montée, cela fait 2km de marche de rang ; pas vraiment ce que j'avais en tête quand j'ai mis au point cette stratégie. Après 500 m de marche, je recommence à courir, au moment où le chemin commence à s'élever de nouveau (c'est pour l'instant un faux plat montant, pas une montée, je m'autorise donc à courir) ; Re surprise des coureurs qui m'avaient dépassé sur le plat et que je rattrape (mais eux sont frais pendant que je souffle comme un bœuf).

Leçon 2 : oublier l'alternance course / course dictée par le chronomètre ; laisser le terrain l'imposer.

Sinon, que dire ?

Il y a beaucoup de culture de Colza aux alentours de Sens et le colza, ça pue. A ce détail près, tout était parfait, la météo (bravo à l'organisation :-)) ; le balisage (c'était une de mes craintes) ; les parties nature du parcours (diversifiées entre champs et bois).

Il n'est pas utile d'emmener un garde manger complet dans son sac à dos, les ravitaillements font très bien l'affaire (les petites tartines au fromage de chèvre et miel, je recommande). Je doute qu'il en soit de même sur toutes les épreuves (je finirai l'épreuve au même poids qu'au début, cela n'avait jamais été le cas jusqu'à présent).

Contrairement à ce que je pensais, les côtes ne sont pas des tortures pour les jambes mais plutôt des moments où on peut récupérer un peu, et, les descentes, pour des raisons qui m'échappent, sont d'excellents moments pour dépasser, les autres coureurs semblant prendre plaisir à retenir leur descente, se fatiguant ainsi beaucoup plus les jambes qu'une descente débridée ne le fait.

Le trail, c'est beaucoup moins fatiguant que la course sur route ; j'aurais achevé ces 63km moins fatigué que le Marathon de Paris (mais je ne connais pas encore mon classement ; ceci explique peut être cela).

Le trail (en tout cas celui-ci), c'est beaucoup plus sympa que le Marathon : échanges avec les autres concurrents, discussions et encouragements avec les super bénévoles, portions de course en solitaire pour profiter de la nature ... tout le contraire d'une grosse machine à attirer le coureur en milieu urbain.

Enfin, motif de fierté, je me suis auto congratulé, pendant les trente derniers kilomètres de la qualité de ma gestion de course (départ lent, etc, etc) puisque je n'aurai été dépassé que par deux coureurs et que j'en aurais rattrapé une bonne quinzaine qui avait explosé en route.

Ce matin, à ma fille de 4 ans et demi qui m'interroge sur la course, je lui explique ce motif de fierté. Elle me répond "Mais, Papa, c'est normal que personne ne te double : ils étaient déjà tous devant toi !". Et je crains que cela ne soit vrai ...

A suivre ....

Publicité
Toute première fois, The Trail 2014

Toute première fois, The Trail 2014

Publié dans Course

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
D
Quel talent!<br /> Je remarque qu'on ne parle pas chrono
Répondre
R
Il est possible que ce qui s'apparentait à des courbatures et ne passe pas en soit ... Ne perdez pas espoir tout de suite.
C
la blessure me parait être l'option à privilégier
R
63 km en 8h30, ça veut dire qu'il reste 42 km à faire pour arriver à 105 km ... et 10h30 pour les faire. Deux facteurs à prendre en considération quand même : 1400 m de dénivelé sur 63 km mais 3800m sur 105 km ; et peut être un bon coup de chaleur fin Mai.
P
ça commence à puer pur ce resto ...
I
Et 92eme sur 120 dans l épreuve. Ils étaient bien tous devant ...
D
Quel talent!<br /> Je remarque qu'on ne parle pas chrono
Répondre