Syllogisme
A la veille du marathon, je m'étais inquiété de n'avoir pas parcouru toute la distance prévue au plan d'entraînement, pour m'apercevoir que le dit plan prévoyait quelques dizaines de kilomètres après l'épreuve ce qui, du point de vue de la préparation au marathon, pouvait surprendre ; à moins d'avoir recours à une machine à remonter le temps pour profiter pendant le marathon de l'effet de ces ultimes kilomètres effectués après l'épreuve, je n'en voyais pas bien l'intérêt.
Passé le marathon, après deux jours à traîner jambes raides et courbatures, avachi sur mon canapé, j'ai fini par faire connaissance avec le concept de récupération.
Parce que chez ces gens là, Monsieur, on ne se repose pas, on récupère.
Après avoir ricané quelques instants devant les conseils :
- ne pas courir, ce qui est assez intuitif vu qu'on ne peut même pas marcher,
- boire beaucoup, ce qui tombe sous le sens, vu qu'on a transpiré sang et eau,
- manger beaucoup, surtout fibres et protéines, ce qui se fait tout seul vu que l'effort ça creuse et qu'on en a un peu marre des viandes blanches et des pâtes,
- dormir beaucoup, ce qui est facile vu qu'on arrive pas à se (re)lever,
je n'y ai plus pensé et j'ai oublié.
Deux semaines après le marathon, j'avais repris l'entraînement en vue de l'Utra Trail de Côte d'Or de fin Mai (105 km), avec le sentiment qu'il restait beaucoup de chemin à parcourir pour parvenir à couvrir la distance et grimper le dénivelé.
Sur un coup de tête, pour compléter cet entraînement, je me suis inscrit au Trail de l'Yonne, 63 km, qui se courait le 3 Mai, soit 4 semaines après le Marathon.
Dès le 4 Mai, re belote :
- deux jours de courbatures, jambes raides et gros dodo,
- trois ou quatre jours de steak saignant, eau à gogo, et glandouille,
puis, en voiture Simone pour un nouveau bloc d'entraînement, avec, toujours, l'Ultra trail de Côte d'Or en vue, trois semaines plus tard.
Dès le 1er juin, dix de der :
- deux jours de courbatures, jambes raides et gros dodo,
- trois ou quatre jours de steak saignant, eau à gogo, et glandouille,
puis, en voiture Simone pour un nouveau bloc d'entraînement, avec, en vue, sept semaines plus tard, la 6000D (fin juillet, La Plagne, 63 km, 4000 m de dénivelé positif).
Sauf que cette fois-ci Simone renâcle un peu à embarquer dans le train de l'entraînement. Je me suis donc souvenu qu'il ne suffisait pas de se reposer, mais qu'il convenait aussi de récupérer et, affalé sur mon canapé, me suis renseigné sur cette fameuse, ou fumeuse, notion.
Comme souvent, en course à pied, l'affirmation pseudo scientifique (au sens où il n'y a, en général, pas de protocole expérimental pour démontrer la règle) vaut dogme.
Ainsi, après un marathon (42.195 km), tu ne courras pas pendant 42 jours !
C'est la règle de Foster qui dit que c'est un jour de récupération par kilomètre couru en compétition. Enfin, sauf si, comme Foster (anglais émigré en Nouvelle Zélande), tu parles anglais, auquel cas la règle est de un jour de repos par mile couru en compétition (le mile couru hors compétition ne fatigue pas, lui, visiblement), soit 26 jours de repos après un marathon.
D'après la règle de Foster, donc :
1. Tu ne peux pas courir plus de 365 miles par an puisqu'il te faudra récupérer 365 jours ;
2. Plus tu cours longtemps, plus tu récupères longtemps, donc moins tu cours longtemps.
En pratique, cela signifie que, dans la mesure où Christophe Le Saux (traileur français dont la grande majorité des gens aux centres d'intérêts normaux ne savent rien) a prévu de courir, en compétition, en 2014, 2 852 km (Vibram Honk Kong 100 km, Trail de la galinette 42 km, Gruissan Phoebus Trail 50 km, Transgrancanaria 125 km, Trail des collines 42 km, L’Electric trail 42 km, Marathon des Sables 250 km, Ultra trail du Mont Fuji 162 km, Trail des Caraïbes 130 km, Trail du CSP 118 km, Trail de la Cordillère blanche 230 km, Lavaredo Ultra Trail 120 km, Andorra Ultra Trail 83 km, Ultra trail de Maurice 120 km ou Transkarukera 120 km, Trans Gaspésia 270 km, UTMB 163 km, Tor des Géants 330 km, Championnats de France de trail 60 km, Diagonale des Fous 163 km, Transmartinique 130 km), il devra, en 2014 toujours, récupérer pendant 1 772 jours (car 2 852 km = 1 772 miles).
Autant dire, qu'on retiendra plus le nom de Foster pour la bière que pour sa règle. D'ailleurs je vais aller en récupérer un pack de six pour m'installer sur le canapé.
A suivre ...
