Con-tent
Après un trail long et plat (1400 m de dénivelé) de 63km pour voir si j'étais susceptible de tenir la distance, un ultra trail avec un peu de dénivelé (106 km / 3800m), pour voir si je pouvais faire un véritable trail, inscription à mon premier trail de montagne (63km, environ 4000 m de dénivelé positif ) pour voir si je pouvais absorber des dénivelés positifs intenses et l'altitude.
Ce week end, c'était donc 6000D à La Plagne, pour la 25eme édition de la course.
Comme toujours, il y a plusieurs manières de relater l'évènement.
Soit en mettant l'accent sur les difficultés (le ciel était zébré d'éclairs la veille au soir, et la pluie intense lorsque nous nous levâmes au mitan de la nuit pour, dans l'obscurité d'une aube combattue par de lourds nuages noirs, nous lancer à l'assaut d'un glacier qui, protégé par les formidables forces de la nature, devait se dérober à nous) pour, tel César dans la Guerre des Gaulles, en creux, mettre en évidence la valeur du conteur : http://www.dailymotion.com/video/x4p3nb_bienvenue-chez-les-ch-ti-extrait-2_news
Soit, de manière plus subtilement snob, en faisant passer pour une promenade de santé ce que chacun sait être une épreuve (plus la journée avançait, plus la nature, attendrie par nos efforts, se dévoilait à nous, soulevant avec pudeur ses jupons de brouillard et nous caressant d'un timide soleil qui réchauffait nos coeurs autant que nos mains rosies par la bise d'altitude), accréditant ainsi, toujours en creux, l'idée que le conteur est hors du commun : https://www.youtube.com/watch?v=qcs-PRy9NSY
A défaut de choisir entre ces deux techniques narratives, je pourrais tenter un compte rendu équilibré qui, en plus, me permettrait de trouver un titre adapté à la course : "Des hauts et des bas". (Après une ascension attaquée avec entrain, tout à mon bonheur de ne ressentir aucune gêne au genou, je pus, dès le début des pentes les plus raides, constater qu'en plus de genoux en état de fonctionnement, des mollets et cuisses puissants -qui me faisaient défaut- s'imposaient.) Mais Stephan Eicher a accaparé le titre et comme, bien que Suisse, il ne mentionne pas la montagne dans sa chanson, cela n'autorise aucun rappel narratif.
Ou alors, je pourrais tenter d'entretenir un peu de suspense avec un titre du type "Finisher ou Pleurnicheur ?" et faire un récit, à la Stephen King (http://www.myboox.fr/livre/danse-macabre-tome-2-cours-jimmy-cours-et-autres-nouvelles-850095.html), à la fois haletant, larmoyant et héroïque, vous faisant revivre chacun des mètres de dénivelé parcouru, en décrivant avec force détail chacune des douze crampes au mollet ou à la cuisse ressenties, en relatant, avec souffle, le moment où, suspendu d'une main au dessus du vide, à l'aplomb d'une falaise dont le brouillard interdisait de sonder la profondeur, j'ai vu fondre sur moi un choucas qui, bien que borgne .... Mais si je savais écrire comme ça, le blog serait payant.
Si je recherchais la notoriété -et en usant d'un pseudo-, je pourrais, pour attirer une audience peu coutumière des blogs de course à pied, commencer par un teaser, expliquant que, tout a commencé rue du Jeu de Boules, au cœur d'un village appelé Aime, et que la seule règle était, qu'à 25 ans, il fallait que se soit raide, dur, long et humide à la fois pour que le plaisir soit communicatif. De glorieux ainés ont déjà abusé de ce subterfuge : pensez à la tête de Cyril Lignac lisant, par erreur, Le Banquet de Platon ! Pour attirer un lectorat international le titre pourrait être "Climax". Mais j'attendrai d'avoir 50 ans et des cheveux gris ou d'être un ancien Président de la République pour me lancer dans ce genre de "littérature".
Après ces trop longs préliminaires (pléonasme ?), voici une brève relation d'une 6000D à laquelle je me rendais sans autre ambition sportive que de découvrir le trail de montagne et de ne pas aggraver une tendinite du genou qui, dix jours avant le départ, m'interdisait de monter ou descendre une dizaine de marches sans grimacer.
Cette course avait tout pour être mythique : c'était sa vingt cinquième édition (et un effort particulier avait été fait par l'organisation pour la promouvoir) et la veille au soir le ciel a été -brièvement- zébré d'éclairs ce qui nous autorisait, quitte à devoir affronter le mauvais temps, à rêver à des conditions de course dantesques dont les épopées se nourrissent.
C'est dans ce contexte que, pour la première fois depuis que je me suis remis à courir, que je suis parvenu à rejoindre, sinon l'élite, au moins une élite, pour peu que l'élite se définisse comme un groupe limité de personnes aux caractéristiques ou performances hors du commun.
L'élite athlétique est restée hors d'atteinte, plus encore cette année que les années précédentes, les vainqueurs, homme et femme, étant les mêmes que l'année précédente mais, cette fois ci dans un temps encore meilleur. Imaginez que le vainqueur a bouclé l'épreuve en 5h37, soit à plus de 11 km/h !
Il est un autre groupe d'élite qu'il faut saluer, c'est celui des féminines. Les 104 courageuses qui ont pris le départ ne représentaient qu'un quinzième de la population de coureurs au départ. et si je ne me suis pas trompé dans mes fastidieux calculs, leur performance moyenne a été meilleure que la performance moyenne des hommes.
Enfin, il existe un groupe encore plus sélect, dont je fais partie, de 83 coureurs. Il s'agit des coureurs qui ont abandonné en cours de route.
Et malgré cet abandon, je suis con-tent.
Con, surtout, d'avoir pris le départ avec une tendinite que dix jours de repos n'auront pas permis -sans surprise- de soigner.
Con, aussi, de ne pas avoir abandonné plus tôt, au vingtième kilomètre, après avoir mis 30 minutes à descendre 600 mètres d'une pente douce, genou droit bloqué, crampes récurrentes aux deux mollets et crampe aux adducteurs droits (je n'imaginais pas que cela soit possible). Mais peu après cette descente, il y a eu 200 mètres de plat et un ravitaillement, ce qui m'a permis d'oublier ce récent épisode douloureux et de repartir pour une dizaine de kilomètres d'ascension.
Mais, surtout, content d'avoir pu courir environ 6h dans la montagne.
Content de faire l'expérience d'une course superbement organisée, entourée de spectateurs enthousiastes (l'impression, parfois, d'être un coureur du Tour de France dans l'ascension de l'Alpes d'Huez, cornes de brume, cloches et hurlements à quelques mètres des oreilles).
Content d'avoir pu échanger avec d'autres coureurs, confirmés ou débutants (dont deux, pas encore majeurs, qui ont triché sur leur certificat médical pour pouvoir prendre le départ), souvent ouverts et adeptes de l'humour et de l'auto dérision (encore que cette qualité semble inversement proportionnelle au niveau athlétique).
Content d'avoir pu tester de vrais dénivelés positifs (je garde un souvenir ému du dernier raidillon avant La Plagne 2000, ascension pendant le dernier tiers de laquelle une crampe se déclenchait, très exactement, tous les 12 pas), auxquels je ne suis absolument pas préparé, cela se confirme.
Content de n'avoir pas fini trop fatigué (impossible de courir sur plat et en descente à cause de la tendinite, cela permet de récupérer des efforts en montée), arrêté par un problème mécanique, pas par un manque d'endurance.
Content, aussi, de ne pas être revenu en béquilles.
Enfin, c'est à dessein que je ne mentionne pas ma rencontre avec une des deux rédactrices de OuiRun4Fun (http://ouirun4fun.com/), ni sa course, ni sa performance ; je veux, bien entendu, lui laisser la primeur de son compte rendu, que je saurai compléter, dans les commentaires, en cas de modestie mal placée.
Habituellement, je finis mes posts par "A suivre ..."
Cette fois ci, à suivre, il n'y a guère que :
- d'un point de vue sportif, récupération et repos avec un redémarrage, à zéro, de l'entraînement début septembre (avec des genoux neufs !) ;
- d'un point de vue "rédactionnel", quelques bêtises relevant des rubriques CCC (Citations Complètement Cons : merci de vos contributions ) et Inclassables en fonction des pépites de l'été.
Bonnes vacances et à la rentrée avec de nouveaux objectifs sportifs (en plus du programme 20km de Paris, Templiers, SaintéLyon et Marathon des Sables) et, peut être, rédactionnels (il va falloir, au moins, changer ce nom de blog avant le 14 Novembre).
