SaintéLyon : pour amateurs éclairés

Publié le par Grégoire CHEVIGNARD

SaintéLyon : la fête des lumières
SaintéLyon : la fête des lumières

Ce matin (départ 00h00) départ de la SaintéLyon qui, comme son nom l'indique démarre à Saint Etienne (à minuit) et arrive à Lyon (avant 15h30), 72 km plus loin.

Cette course, à la frontale, a lieu en même temps que la fête des lumières à Lyon, le premier week-end de décembre ; presque en hiver donc. Cette année, comme chaque année, températures négatives et quelques flocons de neige et, à la différence des autres années, beaucoup de boue (jusqu'à la cheville pendant la majeure partie des 35 premiers kilomètres, sauf quand le chemin était devenu une mare ou un ruisseau).

La SaintéLyon fêtait sa 61ème édition avec 14.000 coureurs donc 5 550 engagés sur l'épreuve solo (le relais était possible) 72 km sur laquelle j'étais engagée.

Organisation impressionnante de professionnalisme, très bon état esprit des coureurs (beaucoup courent en équipe, s'attendent, s'entraident, etc, etc).

Pour la course elle même, en caricaturant, c'est comme la 6000D à La Plagne (où j'avais abandonné) : montée pendant le première moitié (1900 m de dénivelé), descente pendant la deuxième moitié (2200 m de dénivelé) ... sauf qu'il y a deux fois moins de dénivelé qu'à la 6000D, ce qui fait que la course est beaucoup plus une course (où on court) qu'une course de montagne (où on marche).

Pour cette dernière course de l'année 2014, j'ai décidé de changer ma manière de courir et de tenter de capitaliser sur tous les excellents conseils qui m'ont été dispensés depuis un an.

Sosthène (13 ans) à qui j'expliquais que je serai peu en famille ce week end car j'allais courir m'a demandé :

"- Mais pourquoi cours-tu autant ? Encore, tu serais un champion, je comprendrais, mais là ?

- Je ne cours pas tant que ça, regarde, hier je n'ai pas couru. En revanche si j'étais un champion, je ne ferais que ça, tous les jours et je ne pourrais pas avoir un métier en même temps.

- Ah bon, et ça gagne bien un champion de trail ?

- A une ou deux exceptions près, non.

- Bon, ben, c'est mieux si tu n'es pas un champion alors."

J'ai donc suivi ce conseil à la lettre et je n'ai pas gagné la SaintéLyon cette année.

Célestin (10 ans) me dit ensuite :

"- Mais tu vas courir la nuit, dans la forêt alors ?

- Oui, entre Saint Etienne et Lyon.

- Et le parcours est sécurisé ?

- ???

- Ben oui, pour les loups. Ils ont prévu quelque chose pour que les loups ne vous attaquent pas ?

- Euh non, je ne crois pas. Mais tu sais nous serons très nombreux sur le parcours, même si les loups attaquent, il y a peu de chance que ça me tombe dessus.

- De toute façon, soit les loups ont très faim, et ils mangeront les premiers qui arriveront près d'eux. Soit les loups sont malins et ils attendront les derniers où il y aura les gros. Il vaut que tu ne sois ni premier, ni dernier papa"

J'ai donc suivi ce conseil à la lettre et je ne suis pas arrivé dernier de la SaintéLyon cette année.

Au delà de ces deux conseils spécifiques à cette course, je me suis attaché à suivre les conseils récurrents de tous ceux qui ont supporté (au sens de supporter "in English") ma pratique pédestre cette année.

Mathilde qui, bien que sur le podium de triathlon et engagée sur des cross et courses, fait mine de ne pas aimer courir et insiste, à chaque fois, pour faire attention à ne pas se blesser. C'est la voix de la sagesse et je me suis attaché pendant cette course à ne pas descendre à 200 km/h dans la boue les chemins détrempés, bien que j'aime ça et que ce soit les seuls moments d'une course où je peux gagner du temps sur les autres concurrents, afin de préserver mes genoux. Je me suis contenté de 150km/h et ai ainsi pu, éviter toute douleur articulaire jusqu'à la fin de la course et, donc, pour une fois, courir jusqu'au bout de la course, sans période de marche "thérapeutique".

Merci Mathilde, conseil efficace.

Lors de l'Ultra Trail de Côte d'Or j'ai couru pendant une vingtaine de km avec un presque sexagénaire meneur d'allure aux 100km de Millau depuis plusieurs années. Il m'a expliqué deux choses :

- qu'il fallait, pour les longues distances, courir "au cardio", c'est à dire ne pas se préoccuper de sa vitesse de progression mais de son rythme cardiaque en adaptant les efforts pour qu'il reste stable autour de 75% de la fréquence cardiaque maximale fin de durer le plus longtemps possible ;

- que l'ennemi des jambes et articulations, sur longue distance, n'était pas la pente prise de front mais le devers qui oblige des muscles latéraux, que nous sollicitons peu en course à pied puisque nous travaillons la propulsion avant, à intervenir pour maintenir les articulations ; il n'avait donc de cesse de se positionner sur les portions les plus "horizontales" des routes et chemins.

Mission accomplie presque pour le premier point (80% de FCM avec, merci Donald de m'avoir incité à ajouter cette information statistique essentielle, un écart type faible), à l'exception des deux premiers et deux derniers kilomètres où l'euphorie du moment met à mal les meilleures résolutions.

Mission accomplie pour le deuxième point même si cela a impliqué de courir, plus souvent qu'à mon tour, dans l'eau gelée des flaques et ruisseaux situés au milieu des chemins ravinés par la pluie depuis des semaines. Ca ne fait froid que la première heure, ensuite on ne sent plus ses pieds.

Pour la première fois que je fais des courses plus longues que le marathon, je n'ai pas eu mal aux hanches et pas une fois je ne me suis arrêté de courir car j'avais les jambes trop raides à cause de la fatigue et/ou des crampes.

Merci Michel, conseils efficaces.

Hermine (5 ans), me voyant rentrer d'une sortie matinale et, donc, nocturne, observe que ma lampe frontale a laissé une marque sur mon front et me dit :

"Papa, ta lampe est trop serrée, ça empêche la respiration du sang vers ton cerveau, c'est pour ça que tu as une marque sur ton front et que tu dis n'importe quoi. Il faut serrer ta lampe moins fort."

C'est ce que j'ai fait au trentième kilomètre et, par miracle, mon mal de tête et mes douleurs aux oreilles -serrées sous l'élastique de la frontale- ont disparu en moins de cinq minutes.

Merci Hermine, conseil efficace.

Marie Amélie (OuiRun4Fun) a tenté de me convaincre qu'une course n'était pas, comme je le pratiquais, qu'une étape dans la progression vers de plus longues distances ou une ballade, certes longue, qui se doit d'être agréable mais le moment où il faut se fixer un objectif, si possible à la limite de ce qu'on sait faire, et de rester concentré sur cet objectif à atteindre à toute force. Bref, une course, ce n'est pas une ballade, c'est un test des capacités physiques et mentales. Donc, ambitieux, avant la SaintéLyon, je me suis dit : marre d'être abonné au passage "ric rac" des barrières horaires (je laissais mes jambes gérer la première moitié de la course et ma tête, la deuxième, afin de m'emmener jusqu'à l'arrivée. Malheureusement, comme ma volonté est moins efficace, en course à pied, que mes jambes, les fins de course étaient toujours "limite horaire"), visons ... d'être dans la moyenne. Résultat, pour la première fois, je ne me suis pas arrêté de courir quand la lassitude s'est emparée de moi (au cinquantième kilomètre avec, comme seule perspective, 22 km de descente sur des routes ce qui ne présente guère de challenge ou d'intérêt) ou quand un paysage méritait qu'on s'y attarde. Je n'ai pas plus ralenti pour discuter avec un autre coureur qui avait l'air sympa ou en difficulté (ce qui n'empêche, quand même pas, de discuter avec ceux qui courent à peu près au même rythme) ; c'est moins fun mais cela améliore le chrono.

Merci Marie Amélie, conseil efficace.

La chèvre de Monsieur Seguin m'a appris qu'il fallait tenir bon, ne pas lever le pied (ou baisser les bras pour les sports mobilisant le haut du corps) jusqu'au lever du soleil, même si on ne sait pas bien pourquoi vu qu'elle se fait quand même boulotter à l'aube et que cette feignasse a tenu jusqu'à l'aube en été, quand les nuits sont courtes alors que nous étions à deux semaines de la nuit la plus longue de l'année. Toujours est il que j'ai pensé, au 50ème kilomètre, à 6h30 du matin, à sa détermination en me disant que si j'étais, moi aussi, bête à manger du foin de m'être lancé par défi, et sans trop réfléchir, dans cette escapade nocturne, je pouvais, moi aussi, courir au moins jusqu'au lever du jour.

Merci la chèvre, j'ai couru comme toi.

Frédéric m'a fait, aux buttes Chaumont, une magistrale démonstration des différents types de foulées en fonction du terrain (forte pente en montée, forte pente en descente, montée en devers, descente en devers, etc, etc). Démonstration par l'exemple pour ce qu'il était possible de faire, explications orales pour ce qui ne l'était pas (terrain gras, terrain dur, etc).

Je crois bien que sans cette démonstration et ces explications, je me serais très vite épuisé dans la boue, avec des appuis fuyants, que ce soit vers l'arrière ou latéralement avant, comme beaucoup, de n'avancer qu'en marchant. Dans la mesure où presque la moitié de la course était sur terrain très gras ou détrempé, ou givré, il n'est pas impossible que je me sois -sans ces conseils- découragé avant d'atteindre le "refuge" du bitume.

Merci Frédéric, conseils efficaces.

Isabelle, elle, ne m'a donné aucun conseil.

Merci de ne pas l'avoir fait, et, surtout, merci de me permettre de passer autant de temps sur les routes, que ce soit pour courir ou pour me rendre à des courses.

Mais alors, comme on dit à Lyon : le progrès ?

Je ne connais pas encore mon classement (et ce d'autant moins que le tracking live a affecté mon temps à mon cousin Edouard Chevignard), mais :

- dernier à l'Ultra Trail Côte d'Or (Mai 2014), 1/2 heure avant la barrière horaire ultime,

- arrivée aux Templiers (Octobre 2014) environ 1/2 heure avant la barrière horaire ultime,

- arrivée SaintéLyon environ 5h30 avant la barrière horaire.

Merci à tous pour cette très belle course qui -à mon niveau de débutant- couronnera beaucoup plus dignement que toutes les autre l'année 2014.

A suivre, l'an prochain ...

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Publié dans Course

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D
Moi aussi je veux suivre les conseils de la chèvre à la SaintéLyon. RDV l'année prochaine.
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M
Laisse toi pousser le bouc pour lutter contre le froid alors ...
E
Une petite erreur s'est glissée dans ce post. Nous prions nos fidèles lecteurs de nous en excuser. Correction: il y a eu élimination au 92 eme km de l'ultra trail de côte d'or. Un virement bancaire est en cours pour rembourser les personnes lésées par cette désinformation
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C
Pour une lecture impartiale et directe des résultats trail 2014 (avant SaintéLyon) : http://www.i-tra.org/page/278/Indice_de_performance.html?id=451797&nom=CHEVIGNARD#tab
C
5550 partants, 2560ème temps.<br /> C'est dans la moyenne, c'est moyen.<br /> Peut mieux faire (c'est la période des bulletins scolaires :-))
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P
C'est même pas dans la moyenne : moyenne des V1H 10h04, temps de l'auteur 10h08