Europathon, 7/29, Francfort

Publié le par Grégoire CHEVIGNARD

Pourtant t'avais dit Berlin !
Pourtant t'avais dit Berlin !

Le week end dernier, Frankfurt Am Main accueillait les célébrations du 25ème anniversaire de la réunification de l'Allemagne, symbole, s'il en est, des rapprochements que l'Europe permet.

Pour l'étape allemande de l'Europathon, j'ai donc échangé Berlin (que je connaissais déjà) contre Francfort sur le Main (que je découvrais) pour être raccord sur le symbolisme.

Désarmante Allemagne qui semble s'ingénier à prendre à contre pied tout ce qu'on croit savoir d'elle. Frontières ouvertes pour accueillir les réfugiés ... mais contrôle des passeports dans le TGV (où est passé Schengen ?) ; organisée mais train en retard à l'arrivée et queues à La Poste dignes des plus encombrés bureaux de poste parisiens ; etc, etc.

Fidèle à ce qui est désormais devenu une habitude, je me suis à peine renseigné sur ma ville de destination avant de partir ; j'ai juste eu le temps de lire que le marathon de Francfort se targuait d'avoir le parcours le plus plat, et donc possiblement le plus rapide, du pays (bien que Berlin soit le berceau de tous les records mondiaux) ce qui n'est pas sans me déplaire.

Objectif de la journée, courir encore plus lentement que d'habitude afin de me préserver pour le trail de 100 km prévu ce week end en Espagne, pour casser un peu la monotonie des marathons. Malheureusement, si j'ose dire, pour la première fois depuis quatre semaines, ma douleur au genou, qui faisait office de cruise control, a disparu et l'objectif ne sera pas tenu avec une course dans les temps habituels ; espérons que je ne le paierai pas samedi.

Sans aucun itinéraire en tête, je m'élance donc depuis la gare en direction du Main pour en suivre les berges.

Très vite, les clichés qu'on a en tête sur l'Allemagne se réaffirment ; une fois le quartier de la gare passé, la course s'effectue le long de larges avenues longeant d'immenses complexes industriels, du genre à avoir une voie ferrée spécifique, où bien que la voiture règne en maître, une piste cyclable existe. Comme le paysage ne présente guère d'intérêt, je m'amuse à emprunter des rues et routes dont les noms me plaisent ou m'intriguent. J'évite donc la place François Mitterrand (sérieux, une place François Mitterrand en Allemagne, pays de l'orthodoxie financière, on croit rêver !) pour emprunter Heilbronner. Après cinq kilomètres de divagations pédestres, je parviens au Main et à ses berges aménagées pour les promeneurs qui, comme moi, ne semblent guère accorder de confiance à la météo qui annonce une journée avec peu, voire pas, de précipitations. Coupe vents et vestes sont de sortie.

L'itinéraire choisi m'éloigne de la ville et je ne suis pas mécontent de voir la promenade sur berge coupée par un complexe industriel, ce qui m'oblige à faire demi tour pour retourner en direction de Francfort.

La météo instable casse un peu le rythme ; j'ai le choix entre courir sans veste de pluie et être trempé à chaque petite averse de cinq minutes tous les quart d'heure ou courir en permanence avec une veste de pluie et être trempé en permanence par la sueur. Bien entendu, je ne parviens pas à me décider et oscille entre les deux options, ce qui me garantit d'être trempé par l'intérieur et par l'extérieur à la fois. Mais comme la température est clémente, cela n'a guère d'importance.

Je jouerai au chat et à la souris avec les averses pendant les trente premiers kilomètres ; cette instabilité météo a pour avantage d'offrir à la vue des paysages toujours changeants en fonction de la lumière et pour inconvénient d'obliger à s'arrêter un peu plus souvent que souhaité.

Après une trentaine de kilomètres, soit un peu à l'extérieur de la ville que j'ai traversée de part en part en suivant les berges, l'horizon est soudain bouché par des nuages noirs. Deux options, tenter de leur échapper en m'éloignant de la ville encore un peu plus -mais ai je vraiment envie de courir 50 km plutôt que 42.2 km ?- ou faire demi tour et tenter de trouver un abri.

Je prends la direction de la ville mais la nature est beaucoup plus rapide que moi. Une averse violente s'abat.

A environ 1km, un pont.

A 100 m une grue de chantier.

Un kilomètre, sur pavés mouillés, avec 30km dans les jambes, c'est environ 3min30.

J'estime que l'ascension de la grue, pour atteindre la cabine que j'espère ouverte et étanche, me prendra moins de deux minutes.

Je m'élance donc à l'assaut de la grue.

Bon choix, moins de deux minutes plus tard, je suis à l'abri dans la cabine de la grue avec une vue imprenable sur le Main et Francfort. J'en profite pendant près de dix minutes, jusqu'à ce que l'averse violente cède la place à une pluie soutenue mais raisonnable.

Mauvais choix, car de la grue il faut en descendre. Tel le chat perché en haut de l'arbre, je reste paralysé, hypnotisé par le vide, les barreaux d'échelle dégoulinants de pluie, le léger mais perceptible balancement de la grue. Je profite donc de la vue sur le Main et Francfort quelques minutes de plus avant de décider que je ne ferai pas appel aux pompiers. D'une part parce que je ne sais pas où je suis, que je ne sais pas dire grue en allemand et que je ne connais pas leur numéro. D'autre part parce que s'ils viennent, que vont ils faire ? Déployer la grande échelle ? Une échelle j'en ai déjà une ... Bref, je descends beaucoup moins vite que je ne suis monté.

Comme diraient nos amis anglais, when it rains, it pours.

Pas encore arrivé au bas de l'échelle que, de nouveau, une violente averse, encore plus violente que la précédente, s'abat sur moi.

Finalement, un kilomètre, sur pavés mouillés, muscles froids, avec 30km dans les jambes c'est plutôt quatre minutes que 3min30.

Je me retrouve sous un pont, en compagnie de la fine fleur du clochardisme à Francfort. Clochards hilares de voir, pour une fois, quelqu'un dont le sort semble -au moins temporairement- moins enviable que le leur. Ils me proposent de la bière ; je décline ; ils se vexent ; je leur propose de la boisson énergétique ; ils refusent ; je ne me vexe pas.

Cet échange de bons procédés me permet de constater que je n'ai presque pas bu de la journée ; c'est l'inconvénient d'une météo pluvieuse : l'envie de boire disparaît et on finit par se déshydrater sans s'en rendre compte. Pour la première fois depuis le début de l'Europathon, j'aurai à gérer un début de crampes dans les deux derniers kilomètres.

La pluie ayant cessée aussi abruptement qu'elle s'est déchainée, je quitte mes compagnons d'infortune pour, quelques kilomètres plus loin, finir mon périple en longeant les vitrines de Vuitton, Prada, etc., etc. Je dois dire que j'ai trouvé l'arche du pont plus chaleureuse que cette rue Goethe, consacrée aux grands noms du luxe, aseptisée à force d'être parfaitement propre et convenable.

Changement de tenue express dans les toilettes de la gare (on passe vite du plus au moins glamour) pour éviter la bronchite avant d'explorer la gastronomie locale (bradtwurtz ; bretzel), internationale (Dunkin Donuts bien qu'il n'y ait plus de Boston Creme à l'étalage) et de réduire le déficit d'hydratation (bière Pils, limonade gingembre orange, café ; chacune des boissons par portion d'un demi litre, ce qui me permettra, concernant le café, de ne pas dormir avant 3h du matin).

J'ai un peu de temps pour apprécier la gare et ses commerces et me fais la réflexion que si la gare St Pancras à Londres était une Jaguar, la gare de Francfort serait une Audi et les gares parisiennes sinon des Simca ou Trabant, des Clio tant le niveau de prestations (boutiques, lieux ou s'assoir sans mourir de froid, accès wifi) est différent.

Retour, à plus de 300kmh dans un ICE qui est au TGV ce qu'une BMW série 7 est à un Citroën Picasso.

Prochaine étape Rotterdam mais, cette fois ci, pas mardi, mercredi.

Et oui, je m'accorde une journée de repos complémentaire, le temps d'absorber le trail de ce week end en Espagne.

A suivre ...

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Publié dans Europathon

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E
J'aurais pas fait mieux comme bulletin météo ...
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