UTR100, week-end de détente en Espagne
Je m'étais promis de ne pas faire de course à dénivelé cette année, avant de m'y remettre l'an prochain, afin de pouvoir progresser en distance en 2015. J'ai presque tenu parole puisque ma dernière course à véritable dénivelé était il y a un an, pour Les Templiers (http://42ans-42bornes.over-blog.com/2014/11/les-histoires-de-templiers-finissent-mal-en-general.html).
Retour, donc, en montagne, pour l'Ultra Trail del Rincon, 100 km, 3700 m de dénivelé positif, en Espagne, entre deux marathons hebdomadaires.
On aurait pu croire qu'à force d'organiser des marathons dans tous les pays d'Europe, une semaine sur l'autre, j'aurais acquis une méthode et une compétence logistiques sans faille.
Loin s'en faut.
Première difficulté, trouver un hôtel à proximité du lieu de départ de la course, le départ étant fixé à 6h du matin samedi à Ademuz, village de montagne de 1200 habitants situé à environ 150 km -ou 2h de voiture- de Valence. Les capacités d'accueil de la région étant ce qu'elles sont, je ne suis pas trop déçu de trouver, via booking.com un appart-hôtel situé à 50km.
Départ donc Vendredi en milieu de journée à Paris, direction Valence où, en plus de courir, je pourrai parler un peu espagnol, ce qui ne m'est pas arrivé depuis longtemps.
A peine arrivé, travaux pratiques au guichet Europcar où je me fais fourguer, sans m'en rendre compte, un supplément de 24Eur90 pour l'assurance premium : ni exclusion ni franchise. Moi qui n'ai jamais eu d'accident, ça me fait une belle jambe ...
Au volant de ma Polo Volkswagen neuve qui pollue honnêtement (essence) plutôt que subrepticement (le diesel ne semble pas être à la mode en Espagne), je gagne mon hôtel situé dans un village à flanc de montagne, réplique du lieu où ont été tournés les épisodes les plus récents de Zorro (il y a un demi siècle donc). Pas de station service, pas de distributeur de billets, pas de wifi à l'hôtel ni dans le reste de la ville, à l'exception d'un périmètre de 5 mètres autour de la borne financée par l'Union Européenne et située sur la place centrale du village où une grosse fête se prépare. L'attraction centrale de la fête est un stand où sont exposés une douzaine de beaux rapaces vivants. Eu égard à la taille du village, la fête sera donc à moins de 20 mètres de l'hôtel.
Bagages déposés, je reprends la voiture pour aller chercher mon dossard et repérer le lieu de départ de la course ; je n'ai pas envie de me perdre à 5 heures du matin le lendemain.
Le GPS m'indique 1h40 de trajet pour environ 100km. Alors que booking.com m'avait annoncé 50 km de distance. Visiblement, les 50km, c'est à vol d'oiseau. Par les routes de montagne, c'est plus long ... Une expérience logistique à retenir.
Je m'abstiens donc de ma virée de repérage et règle mon réveil à 2h30 du matin pour avoir une chance de récupérer mon dossard avant de prendre le bus de 5h30 du matin pour un début de course à 6h. Je sens que je vais être frais ...
Après une nuit dont la durée a été inférieure à la durée d'un cycle de sommeil complet, je me déguise en coureur, ajoute un blouson adapté à la température extérieure de 5 degrés (la météo annonçait une fourchette 10-22 degrés pour la journée) et prends la route.
Je quitte cette même route peu après l'avoir prise. Virage un peu rapide en montagne, fossé, roue explosée, ABS irrémédiablement brisé, direction de la voiture faussée. Changement de roue dans le froid, à 3h15 du matin, avant de reprendre, moins vite (avec une roue galette et un volant qu'il faut maintenir braqué à gauche pour aller droit, la conduite est technique), la direction du départ de la course. Arrivée à 5h20 sur place, dossard récupéré à 5h25, montée dans le bus à 5h27. J'étais large, j'aurais pu dormir deux-trois minutes de plus ...
Pour la première fois, aucune adrénaline au moment où le départ de la course est donné. Je crois que j'en avais usé toutes les réserves au moment de la sortie de route.
Les premiers kilomètres se passent sans trop de difficulté, les chiens des fermes avoisinantes saluant notre passage avec une énergie qui leur fait honneur. Soudainement, je vois arriver face à moi une meute de coureurs qui me fonce dessus. A leur tête un des organisateurs de la course, façon pace car en Formule 1, qui explique que nous avons raté une bifurcation et qu'il faut faire demi tour. J'étais au fin fonds du classement -déjà- et me retrouve, par le miracle de cette erreur de navigation collective, en tête de course puisque je me colle derrière l'organisateur avec, qui plus est, moins de kilomètres dans les jambes que les autres coureurs qui étaient allés plus loin que moi avant de devoir faire demi tour.
Je savoure l'instant ... jusqu'au moment où l'organisateur nous indique le bon chemin et s'écarte ; c'en est immédiatement fini de mon avance et la meute déchaînée -qui se reposait en courant à la vitesse qui est ma vitesse de croisière- me dépasse. Sic gloria transit ...
La première vingtaine de kilomètres, courue à un train de sénateur, est un condensé de toutes les raisons pour lesquelles il faut courir des trails. Course de nuit dans les sous bois, lever de soleil, brume matinale, rosée, tous les ingrédients de la course nature sont réunis dans un paysage superbe composé de terre rouge et végétation de moyenne montagne (la course oscille entre 600 et 1600 m d'altitude).
L'aspect moins satisfaisant de cette première vingtaine de kilomètres, qui sera un thème récurrent pendant toute la course, est la difficulté à s'orienter du fait d'un balisage parfois un peu léger. Nous nous sommes égarés après quelques kilomètres, nous nous égarerons régulièrement, la dernière fois à trois kilomètres de l'arrivée, tant et si bien que pour une course de 100 km j'aurai parcouru presque 115 km s'il faut en croire ma montre GPS.
Seule satisfaction, je ne suis pas le seul à avoir des difficultés à ne pas rater de bifurcations. Nous étions souvent plusieurs à nous retrouver égarés sur un chemin, à faire demi tour pour tenter de retrouver notre trace.
Ces moments d'égarement, si j'ose écrire, étaient les bienvenus en ce qu'ils permettaient de voir un peu de monde. Car avec 120 coureurs inscrits sur l'épreuve de 100 km, il n'y a pas vraiment de peloton, ni même vraiment d'autres coureurs à portée de vue. On profite donc bien du silence de la nature ... surtout quand on a oublié d'emporter son IPod.
Heureusement, nous ferons la totalité de la course à deux, ce qui a permis de limiter le nombre d'erreurs de navigation, de se laisser entraîner par l'autre aux moments de baisse de tension, et de s'aider dans la montée pour l'un (je reste un boulet dès que le dénivelé devient positif) et en descente pour l'autre (partisan de la pente de moindre effort, je vais un peu plus vite dans ce sens).
Le Dieu vivant du trail, Kilian Jornet, ayant déclaré "more kilometers, more fun" à l'issue d'une course rallongée par une erreur de navigation, je ne me plaindrai pas du surcroit de terrain parcouru ; après tout j'ai rentabilisé le dossard.
Mais la légèreté du marquage aurait pu être beaucoup plus embêtante. En repartant d'un ravitaillement, je me moque, sotto voce et en français, de l'épouse d'un coureur qui tente bien de l'encourager mais on sent que le cœur n'y est pas. Elle a du attendre quelques heures, au soleil, avec deux enfants en bas âge, que son mari passe en flèche, juste le temps de remplir ses gourdes, râler parce qu'il fait chaud, et l'embrasser distraitement avant de repartir. Comme toujours dans ces cas là, le mari parle français et m'entend. Il me dévisage et ... surpris de me voir à ses basques alors qu'il ne m'a pas vu de toute la course me demande si je suis bien monté jusqu'au sommet avant de redescendre. Il apparaît que, caché derrière le ravitaillement, il y a le départ pour une boucle de 14km. Sans cette intervention, nous aurions raté cette boucle (et un contrôle dossard), serions arrivés à la fin du trail l'esprit tranquille (la montre GPS aurait alors indiqué un peu plus de 100km) pour découvrir que nous étions disqualifiés pour avoir grugé de 14km. Bref, l'esprit de Kilian Jornet a veillé sur nous à cet instant.
Trop occupé ailleurs, très certainement, l'esprit de Kilian Jornet nous quitte dès cette intervention. Nous avons plus de deux heures d'avance sur les barrières horaires, je souhaite préserver mes genoux pour mes marathons hebdomadaires, mon binôme souffre des pieds. Nous passons en mode randonnée plutôt qu'en mode course.
Décision est prise de profiter du paysage et de gérer l'effort a minima ; le podium est de toute façon hors de portée ; le seul objectif est de terminer (il y a quand même trois points qualificatifs pour l'UTMB à la clef) en bonne santé.
Ce dont nous ne prenons pas immédiatement la mesure, c'est que cette décision va nous amener à finir la course à 3h30 du matin, avec 1/2 d'avance sur la barrière horaire mais bien fatigués, quand même, par 21h30 de forward relentless movement.
Ce que nous découvrirons, aussi, c'est que cette décision nous fera passer de nuit par ce qui devait être la partie la plus pittoresque du parcours, la partie qui suit un torrent de montagne dans des gorges et dont on imagine qu'elle est offre des vues superbes. Certainement la partie qualifiée de "tecnica" dans le descriptif de la course.
Pour ceux qui ne parlent pas trailspagnol, "tecnica" signifie "plus périlleux ce serait interdit".
Cela débute peu avant minuit -sous le couvert des arbres, donc sans lumière naturelle- par la traversée du torrent sur trois troncs d'arbre jetés en travers dudit torrent. Il ne s'agit pas vraiment de troncs d'arbre, plutôt de grosses branches mortes, et ils ne font pas vraiment la largeur du torrent ; il manque environ un mètre à chaque bout.
Pour qui ne pose pas un pied dans l'eau, les occasions de le faire plus tard seront nombreuses.
Mon passage préféré sera celui de la via ferrata, semelles mouillées par un passage dans la boue.
Le passage préféré de mon binôme sera celui où il faut sauter de rocher en rocher, chacun distant d'un mètre cinquante, le long de la paroi qui accroche les sacs à dos, avec un mètre d'eau glacée pour nous accueillir si nous nous ratons.
Même pas eu peur des passages où il fallait se coller à la paroi, avancer de profil, et se suspendre à une ligne de vie pour ne pas basculer dans l'eau ; à force c'était devenu routine.
Bref, à refaire, un jour, de jour.
A l'issue de cette partie de cache cache avec le torrent nous parvenons au dernier ravitaillement où nous sommes accueillis par la compagne du vainqueur de l'épreuve. Elle nous confirme qu'il a eu le temps de se doucher, de se nourrir, de recevoir son trophée, et de se coucher. Il a mis 10h40, soit environ la moitié du temps que nous mettrons ...
Une fois arrivé à 3h30 du matin, reste à remercier les bénévoles, boire un café (soluble dans de l'eau tiède), se changer (dans la voiture) et reprendre la route pour retourner à l'hôtel.
Moyennant une petite sieste intermédiaire de 15 min, j'y parviendrai à 7h du matin.
Dodo, après une douche et désinfection des quelques plaies aux mollets, à 7h30, au moment où le soleil se lève.
Après une très longue nuit de ... deux heures (il faut rendre la chambre avant 10 h), retour à Valence où le sourire du préposé Europcar se fige en voyant l'état de la Polo qui m'avait été confiée avec 1500 km au compteur .... Joker : j'ai l'assurance Premium !
Retour via RyanAir à la maison dimanche soir minuit.
Départ mercredi matin (train de 6h25) pour le marathon hebdomadaire ; cette fois ci ce sera Rotterdam.
A suivre ...


